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Mémoire d'archives

Les archives vous invitent à remonter le temps et redécouvrir l’histoire locale. Retrouvez ici plus d’information sur ces publications.

Les carrières de pierre ollaire et la fabrication de fourneaux

Au début du XIXe siècle, les temps sont difficiles pour les habitants du Val de Bagnes. La découverte de filons de pierre ollaire dans la montagne de Bocheresse, au-dessus de Bonatchiesse, est perçue comme une source d’espoir et une promesse de gains. Blanchâtre, tendre et réfractaire, la pierre extraite de la carrière va servir de matériau de base pour la fabrication de poêles artisanaux appelés communément bagnards. Façonnés à Champsec, ces fourneaux seront vendus durant près de 150 ans dans le Haut-Valais, le Pays de Vaud, Fribourg, la Haute-Savoie et même au-delà.

Fourneau dit « bagnard » exposé à la Maison de la pierre ollaire à Champsec jusqu'en 2022.

© Charly Rappo – Musée de Bagnes

 

Les concessions

Aux siècles passés, l’exploitation des carrières faisait l’objet de concessions de courte durée, généralement de 4 à 8 ans, mises aux enchères publiques après les criées. Les ventes pouvaient durer des heures et les anciens concessionnaires étaient souvent les derniers et les meilleurs enchérisseurs. Emporter l’affaire constituait un réel honneur.

L’adjudication permettait d’assurer un revenu régulier à la Commune qui attribuait le droit d’extraction au maître carrier ou à l’entrepreneur le plus offrant. En revanche, ce dernier devait respecter un cahier des charges et des règles dictées par l’administration et s’acquitter d’un loyer annuel. La première concession accordée par le Conseil communal remonte à 1829 : Christophe Machoud et ses associés obtiennent l’exploitation de la carrière de Bocheresse pour le prix annuel de 70 francs. En avril 1867, le Conseil adjuge la même concession à Pierre François Gard, de Champsec, pour une durée de six ans et un prix de 632 francs par an. Le prix annuel des concessions franchira la barre des 1000 francs lors des enchères de 1873, 1879 et 1885. Cette hausse des prix démontre que les habitants du Val de Bagnes mettent tout en œuvre pour obtenir le droit d’exploiter la carrière.

Extrait du protocole de la séance du 28 avril 1867 du Conseil municipal de Bagnes. © Archives communales

Les protocoles des séances du Conseil communal sont une source documentaire précieuse qui permet de saisir les enjeux liés à l’exploitation des carrières de pierre ollaire.

Protocole des séances du Conseil municipal de Bagnes. © Archives communales

 

Les conflits

Les éboulements sont fréquents aux abords de la carrière de Bocheresse et peuvent être à l’origine d’un long conflit tournant au procès. Le site de Bocheresse, perché à 1600 mètres d’altitude et exploité à ciel ouvert jusqu’en 1904, se voit souvent encombré de gros cailloux que les carriers doivent déblayer et évacuer pour avoir accès à la carrière. Le retard occasionné par cette manœuvre encourage les concessionnaires à s’en retourner vers la Commune et lui réclamer une réduction du prix de la concession. Parfois accordés, les rabais sont souvent le jeu d’influences politiques et d’oppositions entre les membres du Conseil. En 1879, l’ajout d’un nouvel article au cahier des charges précise que « […] la Commune n’est nullement responsable des inconvénients ou des accidents qui pourraient survenir entre les carriéristes ou dans la carrière. »

 

Tunnel long de 30 mètres réalisé par Albert Maret au début du XXe siècle afin d’éviter les déblaiements de cailloux. © Hilaire Dumoulin

Concessionnaire de la carrière de Bocheresse entre 1897 et 1903, François Bruchez, de Champsec, doit faire face aux conséquences de deux éboulements produits en 1898 et 1901 et qui entravent l’extraction des pierres. Pour pallier le manque à gagner, le Conseil communal décide de prolonger la durée de la concession jusqu’en 1910 sans soumettre cette transaction à la ratification de l’Assemblée primaire. Auguste Maret, dont le souhait était d’obtenir la concession en 1904, s’oppose à cette décision et fait recours auprès du Conseil d’Etat. Il obtient gain de cause et fait annuler la prolongation du bail de François Bruchez.

La décision du Conseil d’Etat de 1903 obligeant le Conseil communal à soumettre sa décision de prolonger la concession à l’Assemblée primaire. © Archives communales

 

La réputation des fourneaux

Les fourneaux en pierre ollaire fabriqués par l’entreprise Gard remportent de nombreux prix dont une médaille d’or à l’Exposition internationale de Tunis en 1893 et deux médailles de bronze aux Expositions nationales de Berne et de Genève en 1895 et 1896. L’une des remarques du jury est celle de louer la tendance des fabricants à tirer parti des matériaux du pays. De plus, les fourneaux sont recommandés par les docteurs car plus sains et hygiéniques.

Publicité de 1893, Feuille d'Avis du district d'Aigle, 4 octobre 1893, p.3 

En 1909, lors de la première Exposition cantonale valaisanne à Sion, l’entreprise Gard frères fabricants de fourneaux remporte une autre médaille d’or. Cette récompense est significative car elle souligne l’importance de cette entreprise dans un canton en pleine transition vers l’industrialisation.

 

Publicité de 1914, L'Indicateur, 12 décembre 1914, p.2 

Fascicule publicitaire de l’entreprise Bruchez (années 1960) pour la vente de fourneaux. (DR)

 

L’arrêt des activités à la carrière

L’exploitation du filon de pierre ollaire de Bocheresse cesse définitivement en 1925. Le travail des carriers, jugé trop dangereux en raison du risque d’effondrement de la voûte de la carrière, est interrompu. De plus, les fabricants disposent de réserves de pierres suffisantes pour répondre à la demande des vingt prochaines années et la réalisation de 1000 nouveaux fourneaux. Au début des années 1980, le président Willy Ferrez évoque l’éventuelle reprise de l’exploitation des carrières de pierre ollaire de Bocheresse par le percement d’une nouvelle galerie : un gisement de plus de 15'000 mètres cubes de pierre ollaire laisse entrevoir de formidables perspectives. Mais l’économie en décidera autrement et la carrière sera laissée à l’abandon. Depuis quelques années, il est possible de la visiter durant l’été lors de visites accompagnées.

Emile Vaudan en livraison à Sierre dans les années 1930. Au XIXe siècle, les fourneaux étaient transportés par des chars attelés entre Champsec et la gare de Martigny. (DR)

 

Un musée et des archives

En 2004, la Commune de Bagnes inaugure un nouveau musée à Champsec dédié à la pierre ollaire et à la fabrication des fameux « bagnards ». Sis dans l’ancienne maison de la famille Gard, qui abritait à l’époque un grand atelier de fabrication de fourneaux, le musée accueille des expositions temporaires puis permanentes. En 2012, une nouvelle scénographie propose aux visiteurs de sa familiariser avec l’histoire de cette industrie locale. Les anciens documents d’archives, reproduits dans un livre géant, sont à découvrir durant les mois de juillet et d’août, les jeudis de 14h à 18h. Pour plus d'infos : musée de Bagnes, événements, maison de la pierre ollaireCe lien externe va ouvrir une nouvelle fenêtre.

Ancienne maison Gard à Champsec transformée depuis 2004 en salles communales et espace muséal de la pierre ollaire. A noter : les bordures des fenêtres sont en pierre ollaire. © Hilaire Dumoulin

 

Exposition permanente de la Maison de la pierre ollaire à Champsec inaugurée en 2012.

© Olivier Lovey – Musée de Bagnes

 

Livre géant où sont reproduits des documents d’archives sur les fourneaux de Bagnes.

© Olivier Lovey – Musée de Bagnes

 

Retrouvez ci-dessous les anciennes "Mémoire d'archives" :

Mémoire(s) de Val de Bagnes

Reportages télévisés et émissions radiophoniques constituent un pan de la mémoire collective et de l’histoire d’une région. Les archives de la RTS ont proposé aux habitants de Val de Bagnes de se retourner sur le passé de notre commune.

Retrouvez iciCe lien externe va ouvrir une nouvelle fenêtre. l'ensemble des archives présentées lors de la projection publique du 14 mars 2025.

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